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Mieux communiquer en entretien d’embauche




Rabiaa El Gharbaoui Master coach,
coach parentale et experte relationnelle.

L’entretien de recrutement constitue un moment précieux de rencontre et de communication entre un candidat qui s’y prépare activement et un recruteur amené à définir dans un temps précis et bien déterminé si le profil du candidat correspond aux exigences du poste à pourvoir, en se basant non seulement sur les informations du CV mais également sur la façon dont un candidat se présente et communique.
Pour mieux communiquer, le VAKOG ou l’art de détecter le canal sensoriel dominant de son interlocuteur est un nouvel outil qui permet d’attirer l’attention de son interlocuteur.
Pour vous expliquer d'avantage le rôle de ce nouveau concept qui se développe de plus en plus, le Matin Emploi a invité Rabiaa El Gharbaoui .

- le Matin Emploi : Qu’entend-on par bien communiquer en entretien d’embauche ?
- Rabiaa El Gharbaoui : L’entretien d’embauche est une situation de communication qui engage un émetteur et un récepteur, un message, un canal... Jusque-là, tout est simple. La tâche se complique dès lors qu’on évoque l’objectif de chacun des protagonistes de la communication. En effet, si l’objet de la communication, et en l’occurrence le recrutement, est le même, la perception de celui-ci demeure différente : le recruteur se voit de détecter une personnalité et non seulement une personne. Le candidat arrive avec sa personne et néglige souvent ce facteur important qui relève de l’essence de l’être ! De par mon expérience en coaching emploi, mon constat se pose sur cette inadéquation entre la visée du recruteur et comment se vend un candidat en recherche de travail. De ce fait, quand un candidat envisage son entretien sans tenir compte de l’objectif du recruteur, la communication parlera deux langages différents. Or, l’une des assises d’une communication efficace est de reconnaître le besoin, l’attente et le langage de l’autre. Il s’agit en fait d’une synchronisation à tous les niveaux.

- le Matin Emploi : Quel est le rôle de l’écoute active en entretien de recrutement ? Et que faut-il écouter exactement ?
- Rabiaa El Gharbaoui : Sans écoute, on ne peut parler de communication. On peut écouter avec nos oreilles, nos yeux, notre ressenti..., nos 5 sens en fait. Un candidat se voyant écouter qu’avec l’ouïe restreint strictement le champ de compréhension du message. L’observation ou le calibrage dans un échange est révélateur du sens profond de la communication. De surcroît, quand on découvre qu’entre ce que nous pensons dire et ce que reçoit mon interlocuteur, 90% du sens se perd. Que ferons-nous donc des 10% qui restent, si nous ne nous ouvrions pas à la carte du monde de l’autre ? Cela n’est possible que si le candidat élargit le sens du mot «écouter» à la compréhension de la perception de l’autre et donc de la carte du monde de celui-ci. Écouter implique également quelques techniques classiques auxquelles le candidat peut faire appel : la reformulation, le questionnement et la synthèse partielle. Cela dit, que pourrions-nous écouter ? L’espace dans lequel mon recruteur est installé, sa posture, ses gestes, son regard... sa voix, l’intonation, le débit. On peut aller pour les observateurs les plus hardis jusqu’à l’observation des micro-mouvements du corps. Un candidat déployant son écoute dans sa totalité se verrait facilement piloter l’entretien.

- le Matin Emploi : On entend dernièrement parler du VAKOG comme un outil de communication efficace. Pourriez-vous nous éclaircir ce nouveau concept ?
- Rabiaa El Gharbaoui : Le VAKOG représente les canaux de nos 5 sens : visuel, auditif, kinesthésique viscéral (ressenti) et externe (toucher), olfactif et gustatif. Nous percevons le monde à travers ces 5 sens : notre relation avec le monde est régie avec ces filtres. Ceux-ci donnent naissance à l’intérieur de chacun de nous d’un univers unique appelé la carte du monde. Écouter en effet, c’est aller rejoindre le monde sensoriel de l’autre et donc sa carte du monde. De quoi est constituée cette carte ? De nos valeurs, de nos croyances, de nos besoins, de notre histoire, de notre éducation de ce qui fait de nous aujourd’hui des personnes se comportant face à la même situation de manières différentes.

- le Matin Emploi : Comment peut-on l’exploiter en entretien d’embauche ?
- Rabiaa El Gharbaoui : En explorant le système de représentation de notre interlocuteur qui se représente la réalité par des images, des sons, des sensations et émotions, des odeurs et des goûts. Tout comme une carte, cette représentation n’est pas nécessairement vraie puisqu’elle a été filtrée par notre système de perception et réorganisée par notre système de représentation. Pourtant, cette carte constitue notre réalité, notre modèle du monde. Ce qu’il faudrait retenir, c’est que chaque système de représentation possède ses propres signaux externes. En effet, en observant ces signaux, il est possible d’identifier le système de représentation de l’autre en écoutant principalement dans un entretien d’embauche le langage utilisé par notre interlocuteur ou «prédicats». Cela permet d’adapter notre langage au langage du recruteur ou du candidat afin de le rejoindre dans son modèle du monde et comprendre son processus interne créé justement à partir d’images, de sons et de sensations. En effet, cette démarche ne serait possible que si on est doté d’une certaine acuité sensorielle et flexibilité.

- le Matin Emploi : Est-il possible de détecter facilement le canal sensoriel dominant du recruteur, vu la courte durée de l’entretien d’embauche ?
- Rabiaa El Gharbaoui : Dans un entretien d’embauche, la tâche n’est pas aussi simple que dans la théorie. Nous sommes pris dans nos peurs, nos émotions et nous pensons aux jugements de l’autre. Cela dit, avec la multiplicité des expériences, un candidat peut développer son acuité sensorielle.

- le Matin Emploi : Certains coachs, experts en communication, affirment que le VAKOG pourrait être un détecteur de mensonges pour les recruteurs. Selon vous, en quoi cela est-il vrai ?
- Rabiaa El Gharbaoui : En fait, pour affirmer ce fait, les experts et coachs se réfèrent aux indices d’accès au système de représentation, notamment les mouvements involontaires oculaires qui sont des indicateurs très fiables du système de représentation utilisé. Systématiquement, nous dirigeons nos yeux dans différentes directions selon que nous formons des images mentales, nous parlons ou ressentons des émotions. En les observant, il est possible de déterminer si le schéma d’une personne est du visuel remémoré (quelque chose qu’elle a déjà vécu) ou du visuel construit (quelque chose qu’elle n’a jamais vu auparavant et donc qu’elle n’a pas vécu). Cela dit, si une personne prépare à l’avance une image construite, elle devient pour le cerveau du déjà vu donc du remémoré. À mon sens, les mouvements oculaires sont surtout utiles pour découvrir la stratégie inconsciente qu’une personne utilise pour repérer et organiser l’information afin de la rejoindre dans son modèle de monde et faciliter la communication plutôt que de guetter son intention.

- le Matin Emploi : Quel conseil donneriez-vous à nos lecteurs pour apprendre à mieux communiquer en entretien d’embauche ?
- Rabiaa El Gharbaoui :

  • Cessez d’être demandeurs, soyez offreur de service. Un entretien n’est pas un examen, c’est une rencontre afin de vérifier si ce que vous offrez est en adéquation avec le besoin du poste à pourvoir.
  • Informez-vous sur l’entreprise et ses besoins afin d’adapter vos ressources à la demande du recruteur. Informez-vous sur les principes d’une communication efficace par des lectures, des formations, entraînez-vous. Car le meilleur diplôme, c’est ce que vous portez en vous.
    Chercher du travail est un travail : faites des simulations, faites-vous aider par des amis ou des professionnels.
  • Entourez-vous de personnes positives qui ont réussi le cap des entretiens, demandez leurs conseils.
  • Sachez que vous êtes unique et que vous portez en vous des ressources magnifiques, il suffit de vous permettre la réussite.
  • Soyez flexible et écoutez-vous, écoutez le besoin du poste. Écoutez votre recruteur avec tous vos sens, car écouter c’est piloter.
Je vous souhaite beaucoup de confiance et beaucoup de certitude !

Le Matin Emploi
Publié le : 5 octobre 2013